Denis-Yves MEDUCIN et Nathalie CLAIRET


Mission au Sénégal du 22 au 31 mars 2008




RAPPORT DE SYNTHESE :

Nous avons atterri au Sénégal quelques jours avant les premières « émeutes de la faim » à Dakar.

Or, si la région de Dioral a connu, au cours de l’année qui a précédé nos premières actions dans le village, des problèmes de pénurie alimentaire, ce n’est absolument pas le cas cette année…, ce qui confirme l’impact significatif de ces actions sur le niveau de vie des villageois.

Après une réunion de préparation avec Albert et Mayé FAYE le 25 mars, nous sommes allés à l’école, puis au village, le 27 mars.

L’ECOLE

Son fonctionnement est décrit comme satisfaisant par les interlocuteurs que nous avons pu rencontrer, et notamment par les instituteurs ; en fait, ceux-ci se contentent de déplorer les difficultés qu’ils rencontrent pour obtenir de certains parents qu’ils paient effectivement leur participation (pourtant assez symbolique) aux frais de nourriture de leur(s) enfant(s).

Autre problème : comment transporter les élèves malades au dispensaire ou à l’hôpital…

Au niveau des locaux, les travaux d’aménagement de la cantine et de l’économat sont arrêtés, faute de crédits, depuis plusieurs semaines.

Tout le monde souhaite évidemment, qu’ils puissent être terminés dans un délai raisonnable.

LE VILLAGE DE DIORAL

Comme d’habitude, nous avons été accueillis par une bonne soixantaine de villageois, dont le chef de village (qui ne parle ni ne comprend le français) et Mamadou, qui cumule les fonctions d’Iman et de Président de l’Association (informelle mais parfaitement structurée et organisée) constituée spécifiquement pour suivre les actions de Sen-égalité dans le village.

Après les discours d’usage, nous avons passé en revue l’ensemble de nos interventions en cours, puis en avons défini de nouvelles.

1) Interventions en cours

a) Les micro-crédits

Dans ce domaine, la grosse surprise a été de constater l’explosion du nombre des micro-crédits accordés aux femmes du village.

Celles-ci ont constitué trois groupes, qu’elles appellent des G.I.E. – Nous avions confié à chacun de ces G.I.E. une somme de 200 000 Francs CFA
(300 €) en mars 2007, puis 100 000 Francs en octobre 2007.

Soit, au total, 300 000 Francs par G.I.E.

En 12 mois, ces 900 000 Francs CFA (soit 1370 euros), ont permis la mise en œuvre d’un total de 112 micro-crédits de 20 000 Francs CFA chacun…

A telle enseigne qu’au 27 mars 2008, il ne restait plus que 5 femmes qui n’avaient pas encore pu bénéficier, au moins une fois, d’un micro-crédit…

Ces derniers ont été utilisés pour plusieurs types de petites activités : achat et revente de volailles, fabrication de confitures, travaux de couture,…

Cette action, appliquée aux femmes, représente certainement au Sénégal, le meilleur rapport coût / efficacité possible.

Il va poursuivre ses effets positifs, puisque ces 900 000 F vont continuer à être prêtés aux femmes membres de ces G.I.E. à tour de rôle.


- Micro-crédits accordés aux hommes (« embouche bovine »).

D’un montant unitaire plus important (200 000F), ceux-ci circulent évidemment moins vite.

Nous en étions à 28 crédits accordés au 27 mars, laissant encore 80 demandeurs en instance ; mais l’enrichissement des éleveurs du village, permis par chacun de ces micro-crédits, est beaucoup plus important.

A l’heure actuelle, une somme globale de 2 400 000 F CFA circule dans le village pour ces crédits, (soit 3660 euros environ) qui sont utilisés pour l’achat, l’engraissement et la revente de bovins (zébus).

Ce qui est extraordinaire, c’est le sérieux avec lequel tout cela est suivi par l’Association des villageois ; tout est répertorié dans un grand cahier, la liste d’attente a été établie par tirage au sort, il n’y a pas de conflits… et tout le monde a remboursé son prêt ; toutefois, l’assemblée a souhaité que le délai de remboursement soit porté à 5 ou 6 mois, car les acheteurs du bétail ainsi financé paient toujours, eux-mêmes, à crédit…

Nous avons donné notre accord, le nouveau délai sera débattu au sein du village, dans une limite maximum de 6 mois.

Par ailleurs, il est apparu que le formulaire du contrat-type, que j’avais rédigé en 2006, est trop long (problèmes de photocopies, difficiles et coûteuses à faire au Sénégal).

Le nouveau formulaire (voir en annexe) est donc réduit à sa plus simple expression, mais l’expérience montre que c’est amplement suffisant.

- Micro-crédits « 3ème âge ».

J’avais, en octobre 2006, demandé aux hommes retraités de réfléchir à l’idée d’acheter des brebis ou des chèvres, à l’aide de micro-crédits adaptés (montants : 20 000 F CFA, soit le prix d’une chèvre, durée de remboursement plus élevée).

L’idée a fait son chemin… et 15 demandeurs se sont inscrits sur la liste.

Nous avons décidé de leur accorder immédiatement et à tous les crédits souhaités, remboursables en 12 mois.

Montant total : 300 000 F CFA (450 euros).

Conclusions :

- Au total, ce sont actuellement 155 micro-crédits qui ont pu être accordés, en mobilisant seulement 3,6 millions de F CFA (5 500 euros)… !

- S’il n’y avait qu’une seule chose à faire, dans les villages de brousse en Afrique en général, et au Sénégal en particulier, ce serait celle-ci.

En mettant en circulation 10 000 euros de micro-crédits dans chaque village sénégalais, on pourrait élever significativement leur niveau de vie dans un délai très court, de l’ordre de 2 à 3 ans…

D’autres actions ont été décidées à Dioral au cours de notre visite :

- Fourniture de moustiquaires

Le paludisme continue à faire des ravages. L’une des solutions consistant à protéger la population du village la nuit, nous avons demandé à Mayé s’il était envisageable de fournir une moustiquaire pour chacun des lits qui seraient recensés.

Mayé s’est proposé pour essayer d’acheter ces moustiquaires au prix subventionné par l’état Sénégalais, via un dispensaire ou un hôpital.

Moyennant quoi ce prix unitaire serait de 1000 FCFA (1,5 euro) au lieu de 4 à 6000 F dans les pharmacies.

Les villageois ont tout de suite adhéré à cette idée, et à l’heure actuelle ont déjà dû procéder au recensement du nombre de lits.

La saison des pluies (juillet à septembre) est encore loin, mais le risque « palu » sera, dés cette année, un peu réduit à Dioral, grâce à nous.

- Problème du moulin à mil

Le moulin à mil du village, animé par un moteur italien de marque Lamborini qui doit avoir 30 ou 40 ans, est en panne depuis plusieurs mois.

Faut-il le faire réparer… ? Le village n’en a pas les moyens (coût >250 000 FCFA).

Faut-il le changer ? La société Dakairoise MAT FORCE, que nous avons interrogée, nous a communiqué ses tarifs (avant négociation éventuelle…) :

- Moulin à mil fonctionnant au fuel : 2 472 000 F CFA.

- Moulin à mil électrique : 1 100 000 F CFA

Ces prix élevés ne permettent pas d’envisager cet achat à court terme.

D’autant que la perspective de l’électrification du village, à laquelle travaille Sen-égalité, permet d’envisager, dans l’avenir, l’achat du modèle électrique, qui coûte deux fois moins cher…

Conclusion : après discussion avec les villageois, il a été décidé de subventionner la réparation du matériel actuel, à hauteur de 250 000 F CFA maximum, et de réexaminer le problème en 2009 ou 2010…

La case de santé

Le village ne dispose d’aucune structure en matière de santé. Par contre, une jeune femme habitant le village a été formée et travaille au dispensaire de Ndiongolor (soutenu, d’ailleurs, par Sen-égalité), et un terrain est déjà réservé, à Dioral, pour la construction de la future case de santé.

Les décisions suivantes ont donc été prises :

1) Une somme de 100 000 F CFA a été affectée à l’achat immédiat de médicaments de base.
Ces derniers seront gérés par l’infirmière (diplômée.. ? on ne se sait pas) du dispensaire de Ndiongolor.

2) Une somme de 300 000 F CFA est placée en réserve (chez les Faye) pour la construction de la future case de santé.

3) Des devis vont être demandés à des entreprises de construction ; il faut construire un bâtiment d’au moins 2 pièces, dont l’une utilisable pour les accouchements, puis le meubler (étagères, bureau, bancs,…).

Je pense qu’il faut envisager un budget global de l’ordre de 3 à 4 millions de F CFA (4500 euros), hors médicaments.

La plantation de manguiers

A la demande de Michel Rousseau, nous avons exposé aux villageois le projet consistant à offrir 40 manguiers chacun à 4 cultivateurs de Dioral, sous réserve qu’ils puissent disposer chacun d’un terrain adéquat (c'est-à-dire disposant d’au moins 3 litres d’eau par semaine et par arbre et inaccessible aux chèvres) et qu’ils acceptent le système IRRIGASC.

Accueil très favorable, les dirigeants du village vont s’en occuper et contacter M. SECK, le représentant d’IRRIGASC.

Les jeunes du village

En leur absence à la réunion, nous n’avons pas pu obtenir de précisions quant à la mise en œuvre du projet des jeunes filles du village (stocker le mil quand il est abondant pour le revendre quand il est devenu rare…).

A suivre à la première occasion, mais le principe n’est pas remis en cause pour l’instant.

Idem en ce qui concerne la subvention de 50 000 F CFA accordée à l’instituteur de l’école publique du village en octobre 2007.

Il était présent, mais les réponses relatives à l’utilisation de ces fonds furent assez vagues (la cantine, les fournitures,…).

Subvention qui ne sera donc pas renouvelée.

Par contre, nous avons pu admirer les maillots de football que nous avions subventionnés en octobre, et avons accordé 30 000 F CFA aux jeunes pour l’achat d’un ballon neuf.

Par ailleurs les 50 000 F CFA qui doivent être consacrés à l’organisation d’une semaine culturelle par les jeunes seront utilisés seulement l’été prochain ; question à suivre au cours de notre prochaine mission sur place.

Les coqs

Albert et Mayé Faye ont enfin pu acheter 50 poussins, en utilisant la provision constituée il y a 1 an ; ils les élèvent chez eux, en attendant de pouvoir distinguer les males des femelles ; les jeunes coqs seront donc bientôt livrés au village… !

Conclusions générales

- Si tous les projets engagés suivent leur cours, nous sommes particulièrement satisfaits des micro-crédits, et espérons qu’ils pourront être étendus aux autres villages de Ndiongolor, ainsi que Michel Rousseau en a formulé le souhait.

- Nous remercions vivement nos amis et les membres de notre famille qui participent financièrement aux actions menées à Dioral ; qu’ils sachent qu’elles sont efficaces, et que leur argent se retrouve à 100 % (hormis les 35 euros qui restent à l’association pour ses frais de fonctionnement) dans ce petit village de brousse, au fin fond du Sénégal, qui en a bien besoin.

- Nous avons tourné un petit film (rushes non montés) sur cette mission, transcrit sur DVD- Les généreux donateurs de Dioral qui aimeraient en avoir un exemplaire pouvent nous contacter (mail : denismeducin@wanadoo.fr), et, le cas échéant, participer à notre prochaine mission sur place, prévue à la mi-novembre 2008.
Denis-Yves MEDUCIN