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C’est une autre belle petite histoire que nous avons vécue lors de notre journée du 13 janvier à Dioral, village où l’association Sénégalité est très présente, en particulier par la plantation de manguiers chez des paysans locaux. Oh, bien sûr, ceux-ci n’ont pas tous été convaincus du jour au lendemain des avantages du système Irrigasc (système d’arrosage très économe en eau) ; il faut commencer par préparer et isoler la parcelle de terre (clôtures) pour empêcher les animaux de venir brouter les petites pousses bien tendres… ; et aussi – début de la modernisation ? – pourquoi devoir payer des plants venant des pépinières alors que jusqu’à maintenant on utilisait les graines venant des fruits ? Une fois aménagée et plantée la parcelle, il y a le suivi (arrosage en particulier) de la plantation. Et là-bas, comme chez nous, et plus que chez nous encore peut-être, tout le monde n’a pas la même persévérance ! D’un village à un autre les mentalités et le dynamisme des gens sont très différents. Il reste que nous avons été heureusement étonnés et admiratifs devant l’accueil qui nous a été fait par les habitants très volontaires de Dioral en particulier, devant la facilité pour communiquer avec eux : entre gens du monde rural et paysan, il y a des choses qui passent, qui se passent, qui n’ont pas besoin de se dire parce que la chaleur humaine les traduisent…
Ces premières lignes sont l’écho de la journée la plus chaleureuse et émouvante de notre périple. Mémorable (je me répète) : accueil par trois cavalières, fauteuils sous chapiteau, présence de toutes les personnalités et des habitants, discours, spectacles et danses, repas que nous avons offert à tous… - Pour suivre maintenant, voici des notes que j’ai écrites à l’attention des amis de Sénégalité. Excusez les redites.
8 janvier dernier : 6 bretons finistériens tôt levés découvrent le nouveau et bel aéroport de Brest-Guipavas. Françoise et Georges, Bernadette et Louis, Josée et Jean s’envolent pour
Dakar et le Sénégal. Quelques émotions et craintes avant l’envol, surtout pour ceux qui prennent l’avion la première fois. Mais rapidement l’accueil souriant d’Air Méditerranée rassure tout le monde ; nous ne sommes nullement dépaysés : notre groupe, 4 retraités et 2 actifs est en phase avec l’âge moyen de l’ensemble des passagers de l’avion… Atterrissage à Dakar sans difficulté. Surprise et… prise de conscience que nous sommes peut-être des gens importants, attendus en tout cas : à la sortie nous attend un monsieur distingué, noir avec une cravate blanche, avec une ardoise noire sur la quelle écrite à la craie blanche "Jean le Bars " ! Nous voilà bien rassurés et déjà en confiance pour nous laisser guider. Prise en charge des bagages par le monsieur à cravate, direction les taxis et nous sommes confiés à Ousmann. Celui-ci sera notre chauffeur, notre guide et même notre homme de confiance. Grâce à la prévenance de notre ami et président Michel Rousseau, nous avons couvert et gîte assurés – le savoir-faire culinaire d’Awa annihilera toute velléité de régime alimentaire ; un programme de visites est déjà prévu ; à Saly nous sommes dans un lieu de villégiature (il n’y a pas d’autre mot !) très bien adapté aux touristes " évolués " et habitués au confort ! A noter que nous avons été frappés par la fraîcheur de la première nuit ; par la suite nous avons apprécié aussi le pull en matinée et soirée, vent du désert obligeant.
Journées pleines de contrastes, de découvertes en … noir et blanc et surtout en couleurs extraordinaires : des fleurs et des plantes lumineuses en même temps que le jaune pâle et sec de la savane, la sympathie de beaucoup de regards et la tristesse d’autres, des enfants même, " condamnés " par les chefs de famille ou de religion à harceler les touristes (cf un récent reportage de Thalassa sur les enfants (les talibés) dans certaines écoles coraniques : quelle misère !) ; la franchise des échanges avec les personnes rencontrées, et en même temps parfois des sentiments confus de confiance/méfiance ; l’énervement d’être la cible des " racoleurs " tout en admirant aussi leur savoir-faire - des artisans par exemple - pour créer et vendre leurs produits ; la chance de communiquer en français et … de ne pas tout comprendre quand même : " ça, tu sais, c’est compliqué " (sous-entendu possible : je n’ai pas trop envie de t’expliquer) !
Notre programme de semaine était fort chargé et ambitieux. Nous l’avons réalisé sans fatigue excessive parce qu’il avait été préparé et organisé dans les meilleures conditions possibles et du fait de l’accueil reçu sur place. Pour résumer disons que nous avons bénéficié d’un heureux mélange de l’utile et de l’agréable… Point culminant : la journée passée à Dioral : un accueil à faire pâlir d’envie nos princes gouvernants…

et des contacts inoubliables avec la population du village. Points forts : l’île de Gorée, le lac rose, Sine Saloum et l’île Fadiouth, Mbour (marché et port), un village Peul. Les journées ne laissaient que peu de temps pour aller se baigner – 2 bains seulement – et pas de temps du tout pour se dorer !
En vrac voici ce qui nous a marqués et avons rapporté dans nos valises et nos têtes de Bretons après notre périple là-bas : constats, convictions, questions :
- contacts directs et fructueux avec les villageois, les responsables et partenaires de Sénégalité ; des enseignants, des paysans, des responsables de la plantation des manguiers…
- découverte des conditions de vie, de travail, du matériel existant ou… inexistant, de l’importance de l’histoire et des " histoires " des ethnies, des liens de la famille, de la présence active et importante des femmes. Découverte des conditions de production, de l’état du sol (sec-sec à cette période), de l’absence de ce que nous appelons " la plus-value ", des outils de transformation par exemple des produits agricoles.
- Prise de conscience sur le terrain, "désintellectualisée", de l’ambiguïté de l’aide au développement. Importance des relations entre les personnes les plus impliquées là-bas dans la marche de Sénégalité, les pouvoirs locaux, les services de l’état (ex. la création d’une école, son fonctionnement, sa durée…) ; complémentarité indispensable et n’allant pas toujours de soi entre les acteurs … qu’ils soient noirs ou blancs (toubab) . Autre constat, banal en somme, et toujours d’actualité : la difficulté de rester patient, de ne pas jouer au donneur de leçons tout en parlant d’égalité, de partenariat ; la désagréable impression de " faire le boulot " que ne font pas les pouvoirs publics en place et d’en être donc un peu les pigeons… Conscience ou inconscience, cohérence et sincérité de ce " cadre moyen " sénégalais qui affirme : " sans votre aide nos enfants ne seront pas scolarisés " ? Un peu troublant non ? et déroutant pour notre esprit cartésien ? Assistance, dépendance, autonomie, prise en main de son destin : que ne disons-nous pas et ne faisons-nous pas en votre nom ?! Plus concrets heureusement, plus parlants et motivants pour travailler ensemble : les regards, les sourires, les échanges, les non-dits des communications entre nous, entre personnes de pays différents et d’une même terre – " avec beaucoup, dans les villages surtout, le courant passait tout de suite ".
- Pour nous six, les centres d’intérêt et de curiosité ont été prioritairement l’agriculture, ou plus modestement les plantations de manguiers, et l’école, sans oublier les potagers du désert. C’est peu dire que d’affirmer notre très grande satisfaction d’avoir vu ce que nous avons vu : les besoins, les réussites, les essais, les échecs, les perspectives, la nécessaire rigueur dans la gestion de l’argent, l’impact des micro-crédits… Trop prudents peut-être (question d’âge ?!), nous avons eu plus de sympathie pour les " petites " réalisations plus faciles à démarrer et à suivre que pour les " grands " chantiers comme une école ou un village des artisans, qui exigent d’importants investissements en temps, argent, énergie et durée.
- Des questions : comment impliquer les autorités compétentes du pays dans la prise en charge et la direction d’une école, transférer les responsabilités de l’établissement au plus vite, de telle façon que la réussite de Sénégalité soit dans … son retrait progressif ? Nous croyons savoir que les finalités de l’association vont dans ce sens, et c’est très bien ainsi, à notre humble avis. - Avec Yves D., français en retraite, un des principaux référents de Sénégalité sur place, et en vue de le soulager dans un partage de responsabilités, est-il possible de trouver quelqu’un d’autre - du pays – reconnu, lui aussi des différents acteurs des projets en cours ? Une équipe formée de personnalités complémentaires conscientes de leurs compétences et …incompétences, ça fait bouger et avancer ! Fine stratégie et surtout bon sens paysan (sénégalais) !
Conclusion(s) ? la meilleure façon de faire de belles découvertes, de s’intéresser à et de s’impliquer dans Sénégalité, c’est d’aller sur place ! Si nous ne l’avions pas fait, ce serait à faire ; maintenant que nous l’avons fait, ce sera à faire faire par d’autres… Il est intéressant de profiter de ses 10 ou 20 kg supplémentaires de bagages pour transporter là-bas du matériel urgent et indispensable ; il est aussi astucieux de mettre quelques euros de plus dans son porte-monnaie pour faire acheter sur place par les utilisateurs tout ce qui peut s’y trouver… Autres ingrédients à emporter : décontraction, humour, lucidité, temps et sens de l’observation, conscience de ses savoir-faire et de ses ignorances, envie de dégustation de toutes les belles et bonnes choses que nous offrent le Sénégal et les Sénégalais ! L’atterrissage dans son pays et son quotidien sera peut-être un peu dur, mais avec un regard sans doute différent et un brin d’optimisme supplémentaire pour ne pas nous endormir chez nous et, bien sûr, rester "d’ ardents sénégalitaires " !
Notre modeste opération reforestation est une grosse goutte d’eau dans une mer de …besoins. Si vous en avez l’envie et la possibilité, n’hésitez pas à aller sur place découvrir à la fois des « choses » si différentes de chez nous et d’autres tellement semblables… Michel Rousseau, président de Sénégalité, vous louera volontiers sa « case » bien confortable, et vous fournira au besoin tous les bons tuyaux d’un bon séjour. Par ailleurs le site Senegalité.com vous donne un intéressant aperçu de la vie, des activités et des projets de l’association.
Et enfin : n’attendez pas nécessairement d’avoir totalisé beaucoup de dizaines d’années pour entreprendre, votre esprit d’aventure pourrait s’émousser !
Merci encore, Jean et Josée